VTech V.Smile Pro

Vivisection

Passons maintenant à la dissection à proprement parler afin de voir ce que cette console à dans le ventre. Car aussi étrange que cela puisse paraitre, il s’agit de la seule console disposant d’un lecteur CD dont les trippes ne sont pas exposées un peu partout sur le Net. Raisons de plus pour sortir les scalpels, voir la tronçonneuse, car la VTech ne se laisse pas violer si facilement : aucune vis n’apparait sur la console et l’ouverture de la chose est un vrai challenge… heureusement résolu sans problème pour un expert de Canard PC. Au premier coup d’œil, l’assemblage est plutôt propre, mais la console continue de cacher ses secrets sous d’imposants blindages :

 


V.Smile Pro complète


V.Smile Pro : lecteur CD – bloc optique

La console comporte plusieurs PCB et une importante partie mécanique chargée de faire fonctionner le support d’éjection/insertion du lecteur CD. Outre les deux importants PCB principaux (tout deux surmontés d’un blindage total), on trouve plusieurs PCB secondaires :


Lecteur CD – Bloc optique


Gestion des entrées/sortie audio


Carte mémoire & manettes

Une fois débarrassé des fils et nappes de câbles superflus, on peut plus aisément observer certains éléments de la console. On constate ainsi que l’alimentation fournie par le bloc secteur +9V n’est quasiment pas filtrée par la console mais que les systèmes de protection basique sont bien présent (fusible + diode contre l’inversion de polarité).  Côté son, le minuscule potentiomètre qui fait office de réglage du volume fait un peu cheap … tout comme les condensateurs Made-in-China !


Jacks & Volume Micro-casque


Dispatch alimentation


PCB principaux – Dos

Par contre, toujours aucune information sur ce qui nous intéresse vraiment, c’est-à-dire le cœur de la console. Tous les composants principaux semblent bien cachés sous d’épais blindages dont l’utilité pratique ne nous semble pas franchement évidente. VTech chercherait-il à cacher les puces utilisées aux yeux des indiscrets ? Peine perdue : après quelques minutes au fer à souder, le premier PCB se dévoile. Il s’agit d’un chip contrôleur de disque Sony CXD3059AR :

Ce composant gère l’intégralité de l’interface avec le bloc optique et avec les servos qui contrôlent la tête de lecture. Toutefois, à la lecture du datasheet, on s’aperçoit vite qu’on est ici en présence d’un contrôleur destiné principalement aux lecteurs de CD Audio et non à lire des CD-ROM de données. Si cette fonctionnalité est bien sur supportée par le chip, celui bridera la vitesse à 4X, soit 900 Ko/s seulement. De quoi expliquer les très longs chargements dans les jeux de la V.Smile Pro. Ce PCB est connecté directement au PCB qui embarque le CPU par le biais d’un câble en nappe blindé. Quelques coups de fer à souder plus tard, on accède enfin au cœur de la console.

 

Le processeur principal qui anime la V.Smile Pro est donc un ZEVIO de LSI. Ce processeur destiné aux applications embarquées a été annoncé tout début 2006 et visiblement adopté par VTech dans la foulée. Mi-2007, LSI a revendu toute sa division grand public incluant la technologie ZEVIO à un autre fabricant, spécialisé dans les puces pour lecteurs DVD évolués, Magnum Semiconductor. En cherchant un peu, il est toutefois encore possible de trouver des informations sur l’architecture ZEVIO, et tout particulièrement sur la déclinaison « 1020 » présente dans la console :

 

 

Le ZEVIO 1020 est en fait une puce qui embarque plusieurs cœurs au sein d’un même package. Comme processeur central, on trouve ainsi un ARM926EJ-S cadencé à 150 MHz et équipé d’un cache de donnée de 8 Ko et d’instructions de 16 Ko. Ce cœur est très courant puisqu’on le retrouve dans la Wii de Nintendo ainsi que dans un grand nombre de téléphone portable comme la N-Gage 2 de Nokia. Le ZEVIO 1020 intégré également un DSP ZSP400 de LSI (cadencé à 150 MHz et accompagné de 240 Ko de SRAM) chargé de la compression/décompression des flux audio (MP3, …etc.) et vidéo (MPG4, H.264, …etc.). On trouve ensuite les unités de rendu 2D et 3D. Côté 2D, le chip supporte le scrolling et l’alpha blending en hardware. En 3D, le T&L est au programme et les performances sont annoncées à 1.5 million de polygones par seconde à la fréquence nominale de 75 MHz, soit 5 fois plus que la première Playstation.

On trouve aussi au sein du ZEVIO 1020 un contrôleur audio capable de supporter 64 voix simultanément, des effets 3D et une table son MIDI, une interface mémoire SDRAM à 150 MHz, un contrôleur SDIO (pour périphérique compatible comme les cartes SD), et de nombreuses interfaces vers des écrans LCD (résolution max 640×480, des sorties TV en composite PAL/NTSC ou même YUV.

Dans la V.Smile Pro, ce processeur est associé à 16 Mo de mémoire vive SDRAM à 150 MHz (puce Samsung K4S281632I-UC60) et utilise une mémoire Flash de 2 Mo (puce AMIC A29L160ATV-70F).

Maintenant que nous savons tout du hardware de cette console, reste à parler du media. A première vue, il s’agit d’un simple CD-ROM encapsulé dans un boitier en plastique. Pour en avoir le cœur net, nous l’avons extrait de sa protection et tenté de le lire avec un simple lecteur. Coup de bol, le CD est reconnu comme n’importe quel CD-ROM et son contenu est accessible via l’explorateur de Windows :

 

 

Le CD contient plusieurs dossiers : les programmes sous forme de fichiers .VFF dans \APPxx, les ressources (photo, video en MJPEG et sons en .WAV) dans \KWxx et enfin, les informations de boot dans le dossier {page_content}SYSTEM. On trouve d’ailleurs dans ce dernier un fichier « BOOT.BIN » qu’on peut explorer plus avant. On trouve rapidement une mention de « µMORE v4.0 SDK ARM9T version Copyright(C) 1997-2004 by ACCESS Co.,Ltd. ». Un petit tour sur le net nous apprend qu’il s’agissait d’un des principaux partenaires de LSI lors de la conception du ZEVIO, chargé de concevoir un petit OS embarqué temps réel.

Précisons enfin que nous avons pu effectuer une copie de sauvegarde du CD sans aucun problème, la console le reconnaissant sans problème pour peu qu’il soit utilisé avec sa coque en plastique d’origine ou qu’on utilise le support CD Audio en obturant un petit capteur. VTech n’a donc visiblement pas intégré de système de protection à ses jeux.

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Doc TB
Détracteur en chef, journaliste total, combat le bullshit marketing depuis 2001, ce qui lui vaut régulièrement procès et menaces. Particularité : dilapide l'argent de la rédaction en produits divers et variés qu'il pourrait très bien obtenir gratuitement via les constructeurs (contre un ou deux points en plus sur la note). Détruit au final lesdits produits en cherchant à les améliorer ou pour éprouver leur résistance aux courts-circuits.