Linky : retour sur les arguments des « antis »

La solution à Linky, selon Next-Up : le Burlinky.

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La fronde anti-Linky ne se tasse pas, même si l’installation de près de 2 millions de compteurs à ce jour n’a visiblement pas entraîné le désastre sanitaire prophétisé par les apôtres du « non ». Si les personnalités les plus médiatiques du mouvement cherchent désormais à passer au second plan les « problématiques » liées à la santé, celles-ci demeurent en tête des préoccupations des différents collectifs locaux. Suite à notre enquête sur le sujet, nous avons voulu analyser les arguments des militants « anti » ; ceci afin de combattre la tempête de désinformation qui s’abat sur le citoyen lambda à grand coup de tracts anxiogènes et de fausses affirmations péremptoires.

Pour cela, épluchons donc point par point celui du « collectif Stop Linky Montpellier« , qu’un aimable lecteur nous a fait suivre via Twitter. Vous pouvez télécharger ce document dans son format original ici.

1- il va injecter dans les fils électriques de nos maisons des radiofréquences en kilohertz qui vont nous irradier en permanence de champs électromagnétiques, exactement comme une borne Wi-Fi ou un téléphone sans fil, il faudra donc s’attendre à une explosion des cancers, leucémies, AVC et autres maladies liées aux ondes

Le cœur du sujet. Le compteur Linky communique avec son concentrateur via un signal de très faible intensité et une fréquence de l’ordre du Kilohertz (kHz). Cette fréquence, en transitant par les fils du réseau électrique, va effectivement rayonner une infime partie de sa puissance (déjà très faible) sous forme de champ électromagnétique. Nous parlons ici d’un signal d’environ 1 volt d’amplitude. Pour mieux vous rendre compte du ridicule de l’affirmation, prenons des exemples comparables. Il existe d’autres signaux électriques de l’ordre du kHz avec une amplitude similaire dans la vie de tous les jours. Lorsque vous écoutez Lady Gaga sur votre smartphone à l’aide d’un casque filaire par exemple. Il circule dans le fil un signal dont la fréquence peut atteindre les 20 kHz et dont l’amplitude est d’environ 1 volt. Comme tout conducteur parcouru par un signal, le fil du casque émet alors un très faible rayonnement électromagnétique. Comme Linky. Autre exemple, à bien plus grande échelle : l’ADSL. Cette technologie déployée dans près de 30 millions de foyers français exploite la bonne vieille paire de cuivre (non blindée) du réseau téléphonique commuté pour transmettre des données via un signal de l’ordre du kHz et une amplitude d’environ 1 volt. Ces rayonnements électromagnétiques « secondaires » s’avèrent infinitésimaux par rapport à d’autres sources bien plus puissantes, car conçues pour se propager via des antennes adaptées. Les ondes radio et TV par exemple.

Autocollant Stop-Linky de Next-Up

Autocollant Stop-Linky de Next-Up

En parlant « d’irradiation », l’auteur du tract cherche à faire peur, en utilisant un terme principalement réservé aux rayonnements dits « ionisants ». Ceux-ci, dont la fréquence se situe des milliards de fois au-delà du kHz, peuvent endommager les molécules et briser les brins d’ADN, provoquant des cancers. Parmi les rayonnements ionisants, on trouve les ultraviolets du soleil, les rayons X de la radiographie médicale et les rayons gamma issus des désintégrations nucléaires. Un tout autre monde. Pour prendre une analogie, imaginez Toto, votre camarade de bistro, qui vous raconterait que toucher une pile AA de 1.5V vous expose à une mort certaine parce que son copain Jojo est mort électrocuté en escaladant un pylône de 400.000 Volts et qu’après tout, c’est de l’électricité tout pareil ! « C’est des ondes, donc c’est dangereux » s’apparente à la même ineptie.

Aucune étude scientifique validée (c’est-à-dire reproduite par une seconde équipe indépendante comme c’est la norme en science) n’a démontré une quelconque action des champs électromagnétiques à ces puissances et à ces fréquences. Et pour cause : non seulement nous y sommes déjà soumis depuis presque un siècle sans qu’une hécatombe ne soit survenue, mais quiconque démontrerait l’existence d’un mécanisme biologique lié obtiendrait à coup sûr le prix Nobel tant la physique et la médecine se verraient bouleversées par une telle découverte.  En attendant, invoquer le cancer, la leucémie, les AVC, la sclérose en plaques ou la malédiction vaudou comme argument pour justifier le refus de Linky demeure une absurdité irresponsable.

2- comme le réseau électrique de nos maisons n’est pas adapté aux kHz, il y a des risques importants d’incendie et de faire griller nos équipements électriques

Le réseau électrique commun supporte déjà les 50 Hz du secteur EDF avec une tension de 230V, c’est-à-dire qu’il passe de -320V à +320V (et vice-versa) au rythme de 50 fois par secondes. Tout cela avec des puissances de plusieurs milliers de watts. Y superposer un microsignal d’un volt ne lui posera évidemment aucun problème particulier. Les adaptateurs CPL grand public procèdent d’ailleurs de la sorte à très grande échelle (Free en fournit avec ses Freebox par millions) sans que cela n’ait « provoqué d’incendie » ni « grillé d’équipement électrique ».

 3- il va savoir quels appareils sont allumés ou éteints, et donc permettre de savoir quasiment en temps réel quelles personnes sont présentes dans votre maison

Des études cherchant à « désagréger » la courbe de charge pour analyser quels types d’appareils sont utilisés en temps réels ont été menées. La plupart sont basées sur une granularité des remontées de 2 Hz, soit 2 fois par seconde. Dans le pire des cas, la CNIL exige que les remontées ne dépassent pas une fois toutes les 10 minutes. Techniquement, le compteur Linky en lui-même ne peut pas dépasser une fréquence de 0.5 Hz, soit une remontée toutes les 2 secondes. Impossible donc de savoir précisément quels appareils sont allumés ou éteints, même si les espions du KGB le voulaient. Par contre, il est vrai que les remontées peuvent permettre de savoir si un logement est occupé ou pas (mais pas par combien de personnes). Pour peu que la législation le permette, ces données pourraient être utilisées pour recouper des enquêtes liées à des prestations sociales par exemple. La Belgique y réfléchirait. Il n’en demeure pas moins qu’il existe aujourd’hui des moyens bien plus précis (localisation GSM par exemple) pour faire la même chose.

4- comme rien ne nous garantit que ces données ne seront pas utilisées à des fins malveillantes ou de surveillance, ni revendues à des fins commerciales, et que de toute façon elles sont facilement piratables, nous pourrons dire adieu à notre vie privée

Rappelons à toutes fins utiles que la courbe de charge n’est pas envoyée par défaut ni à ERDF/Enedis ni à qui que ce soit. Elle n’est même pas mémorisée dans le compteur. Seul un index journalier en kWh est envoyé quotidiennement. L’activation du reporting de la courbe de charge ne peut s’activer que sur demande écrite du client. Impossible donc qu’elles soient revendues à des fins commerciales sans son accord. Et affirmer que les données de charge sont « facilement piratables » ne repose sur aucune preuve concrète. Quant à la sauvegarde la vie privée – une considération fondamentale –, il existe malheureusement des solutions bien plus efficaces, plus rapides et plus simples pour tout savoir sur votre vie privée dans le détail. Nous l’avons d’ailleurs démontré dans notre dernier numéro avec les nombreux mouchards qui nous entourent. Comparée à ce que votre Smartphone ou votre navigateur Internet communique à la planète entière, votre courbe de charge ne représente qu’un intérêt parfaitement négligeable.

5- il nécessitera l’installation de 700 000 antennes-relais supplémentaires pour la communication des données, augmentant encore la pollution électromagnétique ambiante déjà beaucoup trop élevée

Les concentrateurs du système Linky qui transmettent les informations d’une grappe de compteur aux serveurs d’ERDF/Enedis ne sont nullement des « antennes-relais » mais de simples modules GSM qui peuvent s’apparenter à des téléphones mobiles d’anciennes générations. Pour rappel, la France comptait fin 2015 plus de 72 millions de téléphones en fonctionnement et environ 10 millions de cartes SIM dites M2M (Machine-To-Machine) qui permettent aux appareils de dialoguer entre eux. Linky rajoutera 700.000 cartes SIM M2M d’ici à 2020.

6- il va permettre à ERDF d’éteindre nos appareils à distance sans notre consentement en cas de pic de consommation nationale

C’est vrai. Mais ce cas de figure extrême n’arrivera que dans une situation catastrophique pour éviter un blackout général. On peut ainsi imaginer un délestage sélectif qui permettra, en cas de défaillance majeure du réseau THT, de maintenir l’alimentation aux services critiques quitte à « sacrifier » temporairement des clients particuliers. Sans ce système, avec nos bons vieux compteurs, le blackout serait de toute façon général.

7- cette technologie va donner à tous les terroristes et aux services secrets de tous les pays des nouveaux moyens de nuisance à l’encontre des particuliers et des entreprises

Les terroristes pédophiles nazis de la NSA russe en salivent d’impatience ! Plus sérieusement, le risque d’un piratage du réseau interne d’ERDF/Enedis par un organisme d’envergure (comme un état) qui pourrait s’accaparer le contrôle du système de commande général et couper le courant à distance reste techniquement envisageable. Toutefois, si un tel scénario devait se produire, il serait infiniment plus simple et rapide d’agir directement sur les quelques postes de transformations HT/BT principaux pour plonger la France dans le noir (et le chaos) que d’agir sur les dizaines de millions de Linky individuellement. Cette possibilité reste imaginable dès aujourd’hui et sans Linky.

8- il va provoquer la mise au rebut de nos 35 millions de compteurs électriques en parfait état de marche, qui sont prévus pour fonctionner 60 ans : pas très écolo !

Les compteurs électroniques actuels – ni même les anciens électromécaniques –  ne sont pas prévus pour fonctionner 60 ans. ERDF/Enedis en remplace tout de même la bagatelle de 700.000 chaque année !

9- il est déjà prévu qu’il faudra le remplacer dans maximum 20 ans car il s’use vite : pas très durable !

C’est vrai. Et à ce sujet, il y aurait bien plus à redire. Certains choix effectués pour certains modèles que nous avons disséqués (comme la présence d’une pile bouton) restent incompréhensibles d’un point de vue durabilité. De même, la mise en service de millions de compteurs de la génération G1 sans attendre les versions G3 bien plus robustes – et déjà prêtes – posent question…

10- il consomme lui-même 10 watts en permanence : pas très économe !

C’est faux. Linky consomme environ 1 watt en permanence et jusqu’à 2 watts en pic dans le pire des cas. Ces valeurs sont proches de celles des anciens compteurs qui, eux aussi, consomment de l’énergie pour leur fonctionnement.

11- il va faire augmenter très sensiblement nos factures mais de façon progressive sur 10 ans pour qu’on ne s’en rende pas compte : pas très sympa !

Le coût du kWh va effectivement augmenter fortement dans les années à venir. Toutefois, il faut plutôt s’interroger du côté d’EDF, qui vend aujourd’hui une bonne partie de son électricité à perte. En France, le gouvernement a longtemps fixé les tarifs réglementés de l’énergie en se basant sur des considérations politiques, refusant des hausses justifiées afin de ne pas effrayer les électeurs. Le conseil d’état a d’ailleurs annulé récemment certaines décisions arbitraires prises en ce sens par d’anciens ministres, en jugeant que la hausse n’était pas suffisante et constituait une concurrence déloyale envers les concurrents d’EDF. Depuis début 2016, c’est la CRE (Commission de Régulation de l’Énergie) qui définit seule le coût du kWh pour les tarifs réglementés afin de dépolitiser le sujet … mais le gouvernement conserve toujours un droit de veto. Des hausses conséquentes sont néanmoins prévues dans les années à venir, en plus du rattrapage rétroactif liée à la décision du conseil d’état. A titre de comparaison, les allemands ou les danois payent le kWh deux fois plus cher que nous.

 


PS : D’autres points pourrait s’ajouter à la liste en cas de demande. N’hésitez pas à nous les faire parvenir via Twitter ou Facebook par exemple !

EDIT [30/08/2016 – 21:35] : Correction sur le mode de fixation des tarifs réglementés de l’électricité.

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Doc TB
Détracteur en chef, journaliste total, combat le bullshit marketing depuis 2001, ce qui lui vaut régulièrement procès et menaces. Particularité : dilapide l'argent de la rédaction en produits divers et variés qu'il pourrait très bien obtenir gratuitement via les constructeurs (contre un ou deux points en plus sur la note). Détruit au final lesdits produits en cherchant à les améliorer ou pour éprouver leur résistance aux courts-circuits.