Compteurs Linky – Fantasmes et réalités : l’autopsie

Des craintes côté “santé” ?

Les ondes tueuses sont de retour ! Sans l’ombre d’un doute, l’aspect le plus fascinant du compteur Linky réside dans la psychose qu’il génère auprès d’un nombre croissant de concitoyens et même d’élus ou de politiques. Nous en avons rencontré quelques-uns au cours de notre enquête et nous pouvons l’affirmer : il ne s’agit (pour la plupart) ni d’illuminés ni de simples d’esprit. Alors pourquoi sont-ils persuadés que Linky va représenter une “catastrophe sanitaire sans précédent” et “nuire gravement à notre santé” ? Suivez le guide !

linky-couly02Le discours anxiogène qui trouve de plus en plus d’échos dans la population ressemble très fortement – mot pour mot dans beaucoup de cas – à celui qui nous avait déjà été servi lors de notre enquête sur les ondes électromagnétiques (Canard PC Hardware n° 13). Et pour cause : cette campagne de communication et de lobbyisme parfaitement orchestrée repose sur la même poignée d’individus. Citons parmi les principaux activistes anti-ondes Pierre Le Ruz pour le CRIIREM, Marc et Étienne Cendrier chez Robin des Toits, Janine Le Calvez pour Priartem et inénarrable Serge Sargentini pour Next-Up. Après les téléphones portables, les antennes-relais, le Wi-Fi, le DECT, le Bluetooth et tout ce qui touche de près ou de loin à la modernité, ceux-ci ont désigné un nouvel ennemi à la vindicte populaire : Linky. Accusé de tous les maux, des acouphènes à la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson en passant bien sûr par le cancer, le compteur communicant d’ERDF serait la nouvelle incarnation du Diable en matière de santé publique. La faute aux “ondes” évidemment, celles rayonnées par les câbles électriques à cause du signal CPL qui y circule. Bref, il serait urgent de tout annuler pour en revenir aux bons vieux compteurs électromécaniques du siècle dernier. Grâce à un lobbyisme agressif basé sur un gloubi-boulga pseudo-scientifique mâtiné d’un soupçon de menaces juridiques sans fondement et d’affirmations péremptoires, les militants anti-ondes sont aujourd’hui parvenus à instiller l’idée du danger que représenterait Linky auprès de certaines collectivités locales.

twitter-erdfQuand ERDF souffle sur les braises
Lors de notre enquête, un point nous a surpris : l’incapacité d’ERDF à contrer le lobbyisme des anti-ondes. En cause, de nombreuses erreurs de communication grossières : une certaine arrogance, surtout dans les débuts du projet ; un manque de transparence injustifié (secret industriel !) ; l’absence totale de soutien de la part d’EDF (à qui on croirait parler de l’antéchrist quand on aborde le cas de Linky) ; des déclarations à l’emporte-pièce de certains responsables locaux qui enchaînent les contre-vérités en croyant bien faire ; des omissions grossières dans les plaquettes de présentation ; etc. Le comble de l’amateurisme est même atteint lorsque le compte Twitter officiel de la société en vient à citer la CRIIREM comme référence. Du pain bénit pour les anti-ondes. À l’évidence, il est grand temps qu’ERDF comprenne que les seules évidences scientifiques ne suffisent pas à rassurer. Un médiocre auteur de science-fiction est bien parvenu à persuader des millions de gens pourtant instruits que leurs chakras étaient parasités par des âmes extraterrestres issues du bombardement nucléaire d’un volcan par un dictateur intergalactique…
Basses fréquences.
Nous pourrions nous lancer dans une longue vulgarisation sur les ondes électromagnétiques et analyser point par point les différents arguments des activistes, mais nous allons utiliser une autre approche basée sur le bon sens. Ceux qui souhaitent tout de même des explications détaillées peuvent consulter gratuitement notre article – toujours d’actualité – sur le sujet. Mais revenons au bon sens. La source de tous les maux proviendrait donc du signal CPL injecté dans le câble d’alimentation électrique. Attardons-nous donc sur ses caractéristiques. Côté fréquence, le CPL G3 est conçu pour fonctionner de 10 à 490 kHz afin de s’adapter aux législations des différents pays. En France, il se limite à une gamme de fréquences de 35 à 90 kHz (bande CENELEC-A), spécialement dédiée à cet usage. Notons tout d’abord que nous parlons ici de kilohertz, c’est-à-dire de basses fréquences, et non de hautes fréquences en mégahertz (MHz) ou en gigahertz (GHz) comme dans la téléphonie mobile ou le Wi-Fi. Parmi les autres signaux qui exploitent eux aussi des fréquences de l’ordre du kHz, on trouve la voix ou la musique. Les fameux “44.1 kHz” du CD ou les “192 kHz” des MP3 en font partie. Si on connectait le signal CPL de Linky à une enceinte capable de restituer les ultrasons, un dauphin ou une chauve-souris pourraient parfaitement l’entendre. D’un point de vue physique, ces fréquences sont très loin de celles qui excitent les molécules d’eau (2,4 GHz). Pour faire bouillir de l’eau dans un four à micro-ondes exploitant une fréquence identique à celle de Linky, il faudrait lui fournir l’équivalent de la consommation d’une ville de 20 000 habitants, soit 20 millions de watts (MW). Les effets thermiques des basses fréquences sont donc quasiment nuls, même à des puissances colossales.

Parlons-en, justement, de la puissance. Comme pour toute chose, la dose fait le poison. Diffuser Christophe Willem sur une enceinte de 5 watts ne vous causera pas de dégâts physiques (seule votre santé mentale en souffrira). À 5 000 W par contre, vos tympans exploseront et votre cerveau ruissellera par vos oreilles. La puissance du CPL G3, dans le pire des cas et en émission maximale, se limite à 20 dBm, soit 100 mW (0,1 watt). En condition réelle, c’est souvent beaucoup moins. En clair, Linky superpose au secteur 230V / 50 Hz une fréquence de 35 à 90 kHz avec une amplitude d’environ 1 volt. Ce signal est ensuite transmis par conduction (et non à l’aide d’ondes radio) jusqu’au concentrateur via le câble électrique classique. Dans ces conditions, pourquoi diable les militants anti-ondes parlent-ils de “rayonnement” électromagnétique et de leur impact sur la santé ?

À la réflexion…
Leur raisonnement se base sur le fait qu’un conducteur parcouru par un courant électrique rayonne une petite partie de l’énergie qui y circule. C’est exact. S’il est optimisé pour cet usage, on parlera d’antenne et l’efficacité ne sera pas négligeable. Dans le cas contraire, à ces fréquences, seule une infime fraction de l’énergie sera rejetée dans l’environnement sous forme d’onde électromagnétique rayonnée. Dans le cas de Linky, il ne reste des 0,1 W qu’une part tellement faible que, passés quelques centimètres, il devient impossible de la mesurer avec des appareils pourtant sensibles (la puissance du signal diminuant avec le carré de la distance). Nous parlons ici de valeurs de l’ordre du microwatt, soit un millionième de watt. Dans ces conditions, on se demande pourquoi Robin des Toits & Cie n’exige pas le dynamitage immédiat de l’émetteur TDF d’Allouis (Cher), qui fêtera bientôt son 80e anniversaire. Basé sur deux antennes de 350 mètres parfaitement optimisées pour rayonner un maximum, il diffuse France Inter sur les grandes ondes – fréquence de 162 kHz comparable à celle du CPL G3 – avec une puissance de 2 mégawatts, soit 2 millions de watts, pour une portée de plusieurs milliers de kilomètres. N’importe où en France, un usager recevra donc probablement un rayonnement électromagnétique plus important en provenance de cet émetteur que du CPL de son compteur Linky…

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La Burqa anti-ondes que propose Next-Up en “essai gratuit”…

Mais il y a mieux encore. Les marchands de peur parlent sans cesse du rayonnement “toxique” de Linky, en insistant sur le caractère “non blindé” du réseau d’ERDF. En oubliant un peu vite un précédent non négligeable. Un signal aux caractéristiques étonnamment similaires (même gamme de fréquences en kHz, même puissance maximale de 20 dBm, même modulation OFDM…) a déjà été déployé en France à grande échelle, et ce sur un réseau non blindé qui n’était pas prévu pour cela à l’origine : l’ADSL. Tout l’argumentaire irrationnel des anti-ondes au sujet de Linky peut en effet s’appliquer directement au réseau téléphonique et à l’ADSL. Pourtant, ni les électro-sensibles ni aucune association n’ont encore dénoncé le “danger pour la santé publique” que représenterait le rayonnement du signal ADSL dans les câbles téléphoniques non blindés qui circulent partout. À l’inverse, Robin des Toits présente même l’ADSL sur son site comme ne présentant “aucun risque sanitaire“. Après avoir vanté les bienfaits des téléphones sans fil “analogiques”, l’association n’est plus à une contradiction près…

 

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Doc TB
Détracteur en chef, journaliste total, combat le bullshit marketing depuis 2001, ce qui lui vaut régulièrement procès et menaces. Particularité : dilapide l'argent de la rédaction en produits divers et variés qu'il pourrait très bien obtenir gratuitement via les constructeurs (contre un ou deux points en plus sur la note). Détruit au final lesdits produits en cherchant à les améliorer ou pour éprouver leur résistance aux courts-circuits.

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