Les joueurs ne sont pas des vaches à lait (en RGB)

Un PC de joueurs selon Corsair

Depuis quelques années, quelque chose m’énerve un peu dans le monde du PC : les produits « pour les joueurs ». Dans l’absolu, l’idée de proposer des périphériques adaptés aux hyperjoueurs ne semble pas idiote, mais la mise en oeuvre, elle, l’est totalement. Beaucoup de constructeurs semblent penser qu’un design agressif ou des LED RGB permettent d’augmenter largement les prix. Un raisonnement logique pour eux : une personne qui sort plusieurs dizaines d’euros pour des jeux et plusieurs centaines pour une carte graphique déboursera évidemment aussi pour des accessoires.

Les dérives des accessoires pour les joueurs

Le tapis de souris RGB de Razer

En partant de ce constat, les fabricants de périphériques tentent tout et n’importe quoi pour essayer d’appâter le joueur, avec deux axes principaux. Le premier consiste à ajouter des LEDs RGB sur un produit et le vendre (beaucoup) plus cher. Claviers, souris, tapis de souris, casques, écrans, boîtiers et même ventirads ou mémoire, tous les périphériques qui peuvent être estampillés « gamers » suivent cette voie (même les cartes mères). Je ne suis pas franchement adepte de ce choix (et c’est un euphémisme), pour plusieurs raisons. La première, pragmatique, reste que la gêne visuelle, surtout dans une pièce sombre : tous les constructeurs ne proposent pas le contrôle des LED. Ensuite, elles ne servent souvent à rien. Dans la majorité des cas – sauf les claviers, il s’agit du prochain point -, je considère qu’éclairer les composants n’est qu’un simple hommage au célèbre JackyPC dans le meilleur des cas. Le rétroéclairage du clavier reste le seul intérêt des LED pour moi, et le passage au RGB n’est malheureusement pas une avancée : comme expliqué lors d’un test d’un PC portable dans Canard PC Hardware 31, l’alternance des couleurs peut provoquer un effet arc-en-ciel similaire à celui de certains projecteurs, qui rend la vue du clavier insupportable à certains. Un simple éclairage dans une couleur fixe (et neutre) me semble bien plus intéressant que la possibilité de gérer chaque touche une à une avec 16 millions de teintes. Seconde dérive selon moi, les designs agressifs pour les joueurs. De plus en plus de produits estampillés « gamers » adoptent des formes anguleuses, noires, des antennes et des vis visibles. Vous trouverez des points d’accès Wi-Fi, des switchs, des claviers, des souris, etc. Le design de ce type de produits à un effet assez pernicieux dans certains cas. Pour en avoir discuté avec les responsables d’un grand constructeur de point d’accès Wi-Fi, les modèles de ce type se retrouvent beaucoup plus fréquemment cachés au fond d’un meuble ou hors de vue à cause du design. Ce qui, dans le cas des points d’accès, réduit les performances dans la pratique – souvent pourtant la raison de l’achat – et oblige les constructeurs à augmenter la puissance. Les appareils avec un design plus neutre (et sans antennes visibles) passent beaucoup mieux dans un intérieur moderne. Les FAI l’ont bien compris : les Box modernes offrent des formes simples et des couleurs sobres.

prix et performances

Un switch pour les joueurs

En dehors de l’aspect esthétique, le problème reste évidemment le prix et (parfois) le côté technique. Pendant longtemps, et nous l’indiquions dans les guides d’achat de Canard PC Hardware, Logitech a par exemple vendu la version RGB d’une de ses souris nettement plus cher que la version classique, sans autres différences techniques. Plus largement, un design agressif et la présence de LED RGB permettent aux constructeurs d’augmenter largement les marges sans modifier un produit, ce que je condamne évidemment. L’autre problème, encore plus gênant pour moi, reste l’enfumage marketing. Jouer sur des valeurs comme une latence en nanosecondes ou la présence de solutions qui améliorent les performances dans les jeux (les fameuses cartes Ethernet Killer par exemple) peut marcher sur des joueurs qui ne connaissent pas le monde du hardware. Tout comme vendre un écran FreeSync capable de travailler entre 56 et 61 Hz ou une carte graphique d’entrée de gamme avec 8 Go de mémoire vidéo. Si les technologies mises en avant peuvent avoir un impact théorique dans les benchmarks, c’est rarement le cas dans la pratique (et donc dans les jeux) et – surtout -ce gain éventuel reste surévalué. Ne me faites pas dire écrire ce que je n’ai pas écrit : certaines technologies ont de l’intérêt (G-Sync par exemple) et valent le coup de payer un peu plus cher, et je ne juge pas le fait de payer (beaucoup) plus cher pour gagner quelques fps dans les jeux, comme avec les cartes graphiques Titan. Si vous avez de l’argent et que le gain existe, libre à vous de craquer.

Tout le monde se rue sur ce marché

Dans un monde idéal, ce que nous venons d’expliquer ne fonctionnerait pas. Personne ne payerait un casque plus cher pour avoir des lampes colorées sur les oreilles. Mais dans notre monde, le marché montre que ça fonctionne visiblement : beaucoup de marques lancent des déclinaisons « gaming » de leurs produits, avec des prix à l’aune du nombre de LED. Alors, faites-nous plaisir : résistez ! Coupez les LED ! Ne cédez pas au diktat des angles noirs et des antennes visibles ! Demandez des courbes, du blanc, des produits discrets. Et gardez la différence pour acheter des jeux et vous amuser.

About the Author

Dandu
Espion de Cupertino dans la rédac' de Canard PC Hardware. Aime beaucoup les formats totalement obsolètes ainsi que les technologies bizarres et oubliées. Possède un chien robot, des lapins Wi-Fi et un vrai perroquet.