CPC Hardware N°31 : précisions et élucubrations.

A l’évidence, la publication du dernier numéro de CPC Hardware n’est pas passée inaperçue sur Internet. Si nous nous doutions que quelques remous surviendraient avec nos premiers tests exclusifs de l’architecture Zen d’AMD, nous n’avions pas anticipé pareille déferlante. Voici donc quelques précisions concernant les (nombreuses) questions que nous avons reçues directement et sur les réseaux sociaux, tant sur la forme et sur le fond, et aussi quelques réflexions sur la médiatisation de ces tests.

  •  Sur la diffusion des tests sur Internet

La page 61 du magazine

Au moment du bouclage (début décembre), nous avions discuté d’une éventuelle stratégie de communication autour de ce nouveau numéro. Dandu suggérait de mettre en ligne, dès le jour de la sortie, les fameux benchmarks ainsi qu’un petit commentaire succinct, en français et en anglais. De mon côté, je pensais qu’un délai de 3-4 jours s’imposait, afin que nos abonnés et lecteurs de la première heure conservent l’exclusivité. Dans tous les cas, nous savions évidemment que les tests circuleraient rapidement sur les forums et que les sites web les commenteraient. Mais peut-être pas aussi vite et de cette manière. À peine quelques heures après la sortie officielle du magazine le 23 décembre, un utilisateur du forum overclock.net a jugé bon de poster – évidemment sans notre accord – un scan de la page en question. Celle-ci s’est ensuite répandue rapidement de forum en forum jusqu’à faire la « une » de sites comme wccftech. Plus gênant à nos yeux : certains sites français ont également reproduit in extenso la page en question, au mépris des règles éthiques les plus élémentaires. Si nous ne voyons bien sûr aucun problème à ce que nos confrères fassent leurs propres analyses en se basant sur nos résultats, il reste assez désagréable de voir ses propres textes copiés/collés sans vergogne. Le droit de citation ne légitime aucunement la reprise intégrale d’une page entière. Parmi les perles journalistiques constatées par l’occasion, mentionnons un confrère qui indique en source « Reddit » et un autre qui considère qu’après avoir « brisé » un NDA, il devient « compliqué de donner des leçons« . Mais assez de pleurnichages, parlons-en, justement, des NDA.

  • Sur les NDA en général

Les accords de non-divulgation (Non-Disclosure Agreement) permettent à deux partenaires de s’échanger des informations confidentielles. Conclus entre deux industriels, les NDA représentent un outil important pour protéger la stratégie d’une entreprise. Il convient d’abord de rappeler un détail évident que beaucoup semblent ignorer : un NDA n’est pas une loi, c’est un simple accord commercial conclu entre deux parties. Nul n’est évidemment tenu de s’y conformer s’il ne l’a pas signé. Que des lecteurs puissent penser que les NDA s’appliquent à tous dès le moment où un constructeur l’a décidé unilatéralement montre à quel point ce système a perverti les relations avec la presse. Autrefois destiné à protéger des secrets industriels, les NDA s’imposent désormais comme un formidable moyen de contrôle qui permet d’englober les médias dans le plan marketing. Et les résultats dépassent toute espérance.

Rappelons par exemple qu’AMD n’a pas hésité par le passé à museler la presse avec un NDA « courant » plusieurs mois après la mise en vente de certains de ses APU. Malgré cette situation aberrante, l’écrasante majorité des médias l’a tout de même respecté à la lettre. Plus flagrant encore : les processeurs Kaby Lake d’Intel sont en vente en Asie depuis la mi-novembre en grande quantité. Nous avons d’ailleurs obtenu les nôtres par ce biais, au prix de vente normal et livrés en 48h par DHL. Si quelques médias ont bien utilisé cette filière pour publier de timides preview, on peut se demander ce qui freine le gros des troupes. La peur de violer un NDA virtuel et les gros yeux d’Intel ? L’absence de l’inutile chipset Z270 ne saurait constituer une excuse valable. De notre côté, nous pensons que les journalistes n’ont pas à signer des NDA censés s’appliquer entre « partenaires » avec les constructeurs.

  • Sur celui de l’AMD Ryzen en particulier

Nous avons pu lire sur certains forums anglophones des commentaires rédigés de la sorte : « How damn those naughty French can have access to AMD Zen?!« . Et c’est une bonne question : pourquoi nous et pas les autres ? Et le corolaire : peut-on leur faire confiance ? Avant toute chose, il faut savoir que la difficulté n’est pas d’avoir accès à un AMD Zen. Les Engineering Sample circulent désormais assez largement et nous connaissons plusieurs autres journalistes – et quelques overclockers – qui ont pu effectuer des tests sur une plateforme fonctionnelle. Sans compter la présentation « secrète » qui a eu lieu chez AMD début décembre en présence de nombreux happy few de la presse mondiale. Aujourd’hui, la réelle difficulté consiste à avoir accès à un AMD Zen *ET* de parvenir à un accord avec la source pour publier les résultats. Pour cela, des mois (ou des années) de copinage ainsi qu’une tendance viscérale à la paranoïa ne suffisent pas : il est indispensable que votre source ait la certitude absolue qu’elle ne sera pas compromise au cas où on viendrait vous faire les gros yeux.

Or, dans la plupart des rédactions, les moyens de pression des marques ne manquent pas. Parmi eux, citons l’appel au N+x, pas forcément aussi sourcilleux que vous sur la protection des sources. Si vous n’avez pas de supérieur hiérarchique, il reste toujours l’arme de destruction massive : l’arrêt du robinet à samples. Vu le prix des cartes graphiques et des processeurs, cela impliquerait une charge financière considérable que quasiment aucune rédaction ne veut se donner la peine d’assumer. Et même si un média décidait de consacrer un budget conséquent à acheter tous les produits testés, les délais de mise en vente rendraient très difficile la publication des tests « 0-day », indispensable pour survivre sur Internet. Enfin, dernier levier très efficace : la pub. Tous les sites web en tirant la majeure partie de leurs revenus, elle offre un moyen de pression redoutable – voir un droit de vie ou de mort – aux plus gros annonceurs/constructeurs. CPC Hardware a la chance de n’être sensible à aucune pression de ce type, ce qui permet à nos sources de nous faire pleinement confiance. Nul doute que le passé joue aussi en notre faveur : certains observateurs se sont justement souvenus de notre preview de l’Athlon 64 en 2003 sur x86-secret.com, 8 mois avant sa sortie. Pour l’occasion, nous vous offrons la photo non-floutée de la plateforme de l’époque. Rendez-vous en 2030 pour celle de Zen !

  • Sur les tests en eux-mêmes

Un point qui revient régulièrement dans les commentaires concerne le gain de performance noté « d’environ 35% à fréquence égale » face à un FX-8370 (que pour rappel, nous considérons toujours comme un Quad Core). Si la citation ne semble pas « coller » directement avec le graphique, c’est parce qu’elle est issue des résultats bruts et pas de la moyenne. La comparaison concerne un seul core avec CMT ou SMT dans les deux cas (c’est à une dire 1 core / 2 threads pour Zen et 1 core / 2 clusters pour le FX-8370). Dans ce dernier cas, la définition de « core » et « cluster » correspond à la définition technique (comme expliquée dans ce brevet d’AMD, page 6) et non dans la définition marketing inventée par la suite. Il aurait été bien plus simple de publier un exemple avec des chiffres bruts, mais lors de la négociation avec notre contact, il a été décidé de ne pas publier de chiffres bruts. La raison s’explique facilement : ceux-ci sont très précis et très reproductibles. AMD pourrait donc deviner assez facilement quelle combinaison CPU ES / BIOS / AGESA a servi à effectuer le test … et potentiellement compromettre la source.

Autre point important à rappeler, qui ne figure pas sur la page scannée qui circule un peu partout depuis une semaine (mais sur la page précédente) : au moment des tests, il existait deux types de BIOS/AGESA aux performances assez différentes. La plus rapide est celle que nous avons testée. L’autre offre un IPC nettement moins bon, à peine supérieur à celui des cœurs Sandy Bridge d’Intel.  L’explication pourrait provenir d’un des bugs hardware présent sur les premiers prototypes au niveau de l’µop cache et du SMT. Nous n’avons pas de raison de penser que ces problèmes – tout à fait normaux à ce stade de développement – ne seront pas réglés pour la sortie du CPU, mais nous gardons tout de même en tête le fiasco du bug TLB lors de la sortie des Phenom…

  • ZenOC@Air=5G

Nous cachons régulièrement quelques easter eggs dans le magazine. En mars dernier, nous avions ainsi codé « Intel GPU = AMD » dans une chaine binaire de la page CPU du guide d’achat. Quasiment personne n’avait relevé l’information à ce moment alors qu’elle a fait grand bruit 6 mois plus tard. Bref, nous sommes taquins. La présence de la chaine du numéro en cours, qui se décode en « ZenOC@Air=5G » dans ce numéro fait jaser sur les forums depuis 2 jours. Étant démasqués, nous vous devons quelques précisions. Tout d’abord, nous n’avons pas résumé un test en quelques bits. Si nous avions pu tester nous-mêmes l’overclocking, nous vous en aurions parlé ouvertement dans la preview. Malgré tout, nous savons avec une quasi-certitude que le CPU qui nous a servi pour les tests a effectivement pu frôler les 5 GHz avec un (imposant) dissipateur à air. Le multiplicateur des ES n’est pas bridé pour le moment et se configure par pas de 0.25x. Un seul cœur était toutefois actif ; les VRM des cartes-mères semblaient à ce moment trop instable pour tester avec l’intégralité des cœurs. D’autres Ryzen ES sont actuellement dans les mains des overclockers et vous ne devriez pas tarder à en savoir plus : une démonstration d’overclocking pourrait intervenir dès le CES si de bons résultats sont atteints.

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Enfin, si vous ne vous êtes pas encore procuré le dernier CPC Hardware, c’est le moment de rendre visite à votre kiosquier préféré : non seulement il sera bientôt collector, mais il regorge également d’informations croustillantes sur les coulisses d’Intel…

About the Author

Doc TB
Détracteur en chef, journaliste total, combat le bullshit marketing depuis 2001, ce qui lui vaut régulièrement procès et menaces. Particularité : dilapide l'argent de la rédaction en produits divers et variés qu'il pourrait très bien obtenir gratuitement via les constructeurs (contre un ou deux points en plus sur la note). Détruit au final lesdits produits en cherchant à les améliorer ou pour éprouver leur résistance aux courts-circuits.

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